— Les Fables et bêtises subversives d’Abuelito — Le fuyard de Bogotá ; et le cordonnier des deniers

J’avais quitté, désinvolte, la maison de la matriarche — à son tourment ineffable —

Duquel concevoir l’étendue, j’étais incapable.

Extatique — je ne pensais qu’à la grande ville

Et la punition de laquelle je réchappais en fuyant, sans bile.

Dans le train, je calais par intrication clandestine,

Sous les fauteuils, ma carrure enfantine,

À l’endroit où se plaçaient, de ces dames, les réticules, les collations.

Des mets à mon goût, ainsi sustenté, je raffermissais ma constitution.

Victuailles fastueuses, je savourais, sans restrictions, d’ici à là-bas,

Tout à ma joie : une orgie outrancière jusqu’à l’arrivée à Bogotá !

J’errais sans promesse — hilare — l’œil creux, les tripes cernées, à travers ruelles.

Le cordonnier m’apprit comment les pièces de fer se martèlent,

Nantissait mon escarcelle d’une monnaie de temps à autres :

Gamin grisé par richesses, en la liberté qui galèje, le fat se vautre.

À l’issue de mes six ans, ramené à ma mère,

J’accusais mon goût pour la vie — et le châtiment amer.

Pauline Hersart de La Villemarqué, 2025